•  

    Nous sommes toujours au centre, mais au centre du Vieux Monde. Eux qui furent une transcendance marginale de ce Vieux-Monde en sont aujourd’hui le centre neuf et excentrique. 
      L’excentricité est leur acte de naissance. Nous ne pourrons jamais leur ravir. 
      Nous ne pourrons jamais nous excentrer, nous décentrer de la même façon, nous ne serons donc jamais moderne au sens propre du terme, et nous n’aurons jamais la même liberté – non pas celle, formelle, que nous tenons pour assurée, mais celle concrète, flexible, fonctionnelle, active, que nous voyons jouer dans l’institution américaine, et dans la tête de chaque citoyen. 
      Notre conception de la liberté ne pourra jamais rivaliser avec la leur, spatiale et mobile, qui découle du fait qu’ils se sont un jour affranchi de cette centralité historique. 

     


  •  Thomas Scheibitz


  •   Octavio Paz a raison d’affirmer que l’Amérique s’est créée dans le dessein d’échapper à l’histoire, d’édifier une utopie à l’abri de l’histoire, qu’elle y a en partie réussi, et qu’elle persiste aujourd’hui dans ce dessein. L’histoire comme transcendance d’une raison sociale et politique, comme vision dialectique et conflictuelle des sociétés, ce concept-là n’est pas le leur – de même que la modernité, comme rupture originelle d’avec une certaine histoire justement, ne sera jamais le nôtre. (…)

      L’Amérique, elle, s’est trouvée en position de rupture et de modernité radicale : c’est donc là que la modernité est originale, et nulle part ailleurs.

     


  •   L’Amérique est la version originale de la modernité, nous sommes la version doublée ou sous-titrée. L’Amérique exorcise la question de l’origine, elle ne cultive pas d’origine ou d’authenticité mythique, elle n’a pas de passé ni de vérité fondatrice. Pour n’avoir pas connu d’accumulation primitive du temps, elle vit dans une actualité perpétuelle. Pour n’avoir pas connu d’accumulation lente et séculaire du principe de vérité, elle vit dans la simulation perpétuelle, dans l’actualité perpétuelle des signes. Elle n’a pas de territoire ancestral, celui des Indiens est circonscrit aujourd’hui dans des réserves qui sont l’équivalent des musées où elle stocke les Rembrandt et les Renoir. Mais c’est sans importance – l’Amérique n’a pas de problème d’identité.

    Or la puissance future est dédiée aux peuples sans origine, sans authenticité, et qui sauront exploiter cette situation jusqu’au bout.


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  • Lire enfin tout l'album sur YouTube ou dans la baie, il était temps...


  • Giulia Mureddu's "Always Known Never Met" au Danscentrumjette danser: Katerina Dietzova , acteur: David Eeles


  • Couverture reédition d'une ball dans la tête de puta madre

    "Une Ball Dans La Tête". 500 copies sur double vinyl. Commandez ici!


  • Isaach de Bankolé Limits of control Jim Jarmush 2009 use your imagination


  • Tristeza não tem fim
    Felicidade sim...

    La tristesse n'a pas fin
    Le bonheur si...

    A felicidade é como a gota
    De orvalho numa pétala de flor
    Brilha tranquila
    Depois de leve oscila
    E cai como uma lágrima de amor.

    Le bonheur est comme une goutte
    De rosée sur une pétale de fleur
    Tranquille, elle brille
    Après avoir coulé, elle tremble
    Et tombe comme une larme d'amour.

    A felicidade do pobre parece 

    A grande ilusão do carnaval 

    A gente trabalha o ano inteiro 

    Por um momento de sonho
    Pra fazer a fantasia 

    De rei ou de pirata ou jardineira
    Pra tudo se acabar na quarta feira.
    La joie du pauvre est comme
    La grande illusion du carnaval
    Les gens travaillent toute une année
    Pour un moment de rêve
    Pour faire un déguisement
    De roi ou de pirate ou de jardinier

    Et tout ça se termine le mercredi.
    Tristeza não tem fim

    Felicidade sim...

    La tristesse n'a pas fin
    Le bonheur si…

    A felicidade é como a pluma
    Que o vento vai levando pelo ar

    Voa tão leve

    Mas tem a vida breve

    Precisa que haja vento sem parar
    Precisa que haja vento sem parar

    Le bonheur est comme une plume
    Que le vent soulève dans l'air
    Elle vole si légère
    Mais elle a une courte vie
    Elle a besoin qu'il y ait du vent sans arrêt
    Elle a besoin qu'il y ait du vent sans arrêt

    Precisa que haja vento sem parar

    Elle a besoin qu'il y ait du vent sans arrêt
    Tristeza não tem fim... La tristesse n'a pas fin… 

    Pour entendre c'est ici et pour écouter ici. 


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     Drapeau du Kosovo


  • Tag graffiti "no one is innocent" tour et taxi bruxelles
    PIL



  •  (…) C’est ce qui, quoi qu’il arrive, nous sépare des Américains. Nous ne les rattraperons jamais, et nous n’aurons jamais cette candeur. Nous ne faisons que les imiter, les parodier avec cinquante ans de retard, et sans succès d’ailleurs. Il nous manque l’âme et l’audace de ce qu’on pourrait appeler le degré zéro d’une culture, la puissance de l’inculture. (…)
    Nous resterons des utopistes nostalgiques déchirés par l’idéal, mais répugnant dans le fond à sa réalisation, professant que tout est possible, mais jamais que tout est réalisé. Telle est l’assertion de l’Amérique. Notre problème à nous est que nos vieilles finalités – révolution, progrès, liberté – se seront évanouies avant d’avoir été atteintes, sans avoir pu se matérialiser. D’ou la mélancolie.

    in Amérique, Jean Baudrillard. 

  •  Jiri Kratochvil Leader of the world poster 2011

    Feuilles A4 décollées, scannées et gentillement recollées rue du Fossé aux loups , Bruxelles. 2010.


  •  Expo tag graffiti 2011 Eros


  • Le caddy désir consommation de quoi ai-je envie? ixelles

    Photographié dans le bus 71, chaussée d'ixelles. Bruxelles


  • Les nuages nous gâchent le ciel en Europe.
      Comparés aux ciels immenses de Nord-Amérique, avec leurs nuées, nos petits ciels pommelés, nos petits nuages pommelés sont à l'image de nos pensées pommelées, jamais des pensées de l'espace... A Paris, le ciel ne décolle jamais, il ne plane pas, il est pris dans le décor des immeubles souffreteux, qui se font de l'ombre les uns aux autres, comme la petite propriété privée - au lieu d'être la façade miroir vertigineuse les uns des autres, comme celle du grand capital à New York...
      Ça se voit aux ciels : l'Europe n'a jamais été un continent. Dès que vous posez le pied en Amérique du Nord, vous sentez la présence d'un continent entier - l'espace y est la pensée même.

    in Amérique, J. Baudrillard.

     


  •   La culture américaine est l’héritière des déserts. Ceux-ci ne sont pas une nature en contre point des villes, ils désignent le vide, la nudité radicale qui est à l’arrière-plan de tout établissement humain. Ils désignent du même coup les établissements humains comme une métaphore de ce vide, et l’œuvre de l’homme comme la continuité du désert, la culture comme mirage, et comme perpétuité du simulacre.(…)
      Il n'y a pas de culture ici, pas de discours culturel. Pas de ministère, pas de commissions, pas de subventions, pas de promotion. Le trémolo culturel qui est celui de la France entière, ce fétichisme du patrimoine - rien ici de cette invocation sentimentale, et qui plus est aujourd'hui: étatique et protectionniste. Beaubourg est impossible ici, de même qu'en Italie (pour d'autres raisons). Non seulement la centralisation, mais l'idée d'une culture cultivée n'existe pas, pas plus que celle d'une religion théologale et sacrée. Pas de culture de la culture, pas de religion de la religion. Il faudrait parler plutôt de culture « anthropologique», qui consiste dans l'invention des moeurs et du mode de vie. Celle-là seule est intéressante, comme seules les rues de New York le sont, et non les musées. (…)
      La culture n'est pas ici cette délicieuse panacée que l'on consomme chez nous dans un espace mental sacramentel, et qui a droit à sa rubrique spéciale dans les journaux et les esprits.(…)
      C'est pourquoi la recherche des oeuvres d'art ou des spectacles cultivés m'a toujours semblé fastidieuse et déplacée. Une marque d'ethnocentrisme culturel. Si c'est l'inculture qui est originale, alors c'est l'inculture qu'il faut saisir. Si le terme de goût a un sens, alors il nous commande de ne pas exporter nos exigences esthétiques là où elles n'ont rien à faire.

    in Amérique, J. Baudrillard.

     



  •   Monsieur Marc Antoine Charpentier, comme il était parti à Rome, âgé de quatorze ans, pour y apprendre la peinture, en revint musicien.
    Il avait eu la tête tournée des airs que Monsieur Carissimi composait dans ce temps-là.
    Un beau matin, il avait abandonné le visible.
    Il renonça aux verrières exposées au nord des ateliers des peintres.

    extrait de "Les Ombres errantes" de Pascal Quignard, 2002.



  • Serial Tag Bruxelles Grégoire Legrain viol en os Stronger than the flash you had last night

    Stronger than the flash you had last night. 
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  •  
     J'ai cherché l'Amérique sidérale, celle de la liberté vaine et absolue des freeways, jamais celle du social et de la culture - celle de la vitesse désertique, des motels et des surfaces minérales, jamais l'Amérique profonde des mœurs et des mentalités. J'ai cherché dans la vitesse du scénario, dans le réflexe indifférent de la télévision, dans le film des jours et des nuits à travers un espace vide, dans la succession merveilleusement sans affect des signes, des images, des visages, des actes rituels de la route, ce qui est le plus proche de l'univers nucléaire et énucléé qui est virtuellement le nôtre jusque dans les chaumières européennes.
    (...)
     Rejet des avatars touristiques et pittoresques, des curiosités, des paysages mêmes (seule leur abstraction demeure, dans le prisme de la canicule). Rien n'est plus étranger au travelling pur que le tourisme ou le loisir. C'est pourquoi il se réalise au mieux dans la banalité extensive des déserts ou dans celle, aussi désertique, des métropoles - jamais prises comme lieux de plaisir ou de culture, mais télévisuellement, comme scenery, comme scénarios.

      in "Amérique", J. Baudrillard. 

     


  • Au fond les États-Unis, avec leur espace, leur raffinement technologique, leur bonne conscience brutale, y compris dans les espaces qu'ils ouvrent à la simulation, sont la seule société primitive actuelle. 
      Et la fascination est de les parcourir comme la société primitive de l'avenir, celle de la complexité, de la mixité et de la promiscuité la plus grande, celle d'un rituel féroce, mais beau dans sa diversité superficielle, celle d'un fait métasocial total aux conséquences imprévisibles, dont l'immanence nous ravit, mais sans passé pour la réfléchir, donc fondamentalement primitive ...

      in "Amérique", J. Baudrillard.




  •   Les vivants ne sont pas des ombres. Ce sont peut-être des morts enveloppés de vêtements et qui brillent.
      Désormais ils sacrifient, les deux yeux luisants, habillés de la même manière, devant les mêmes écrans, avec la même envie.
      Démagogique, égalitaire, fraternelle, ces mots désignent la même attitude : des meurtriers se surveillent du coin de l'oeil. Ils participent à  la même aversion pour toutes supériorités. Ils sont tous blottis les uns contre les autres, serrant les mains sur leur anxiétés comme si elle était un sexe qui était sur le point de leur être soustrait, quémandant une protection, un interdit, une chaine, un médicament supplémentaires.
      Cet effroi devant l'indépendance et le désir se métamorphose naturellement en haine contre ceux qui revendiquent un peu d'ombre dans le dessein de dérober à la vue de tous leurs jouissances.
    Pour eux la liberté est une émeute.
    Ils ont peur s'ils ne dorment pas.

    extrait de "Les Ombres errantes" de Pascal Quignard, 2002.