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         Les objets privilégiés de la haine sont choisis comme tels sur leur différence, cela est clair. C'est toujours leur différence qui est visée par la haine, que cette différence soit visible à l'œil nu, ou repérée dans un mode de jouissance plus discret et donc plus difficilement repérable.
    Une subtile doxa — subtile mais un tantinet psychologisante — considère volontiers que l'affect haineux se porte sur l'autre afin que le haineux se déleste sur lui du poids de sa propre misère. Dans cette perspective, le haï est perçu comme un objet sacrificiel dont la destruction est souhaitée, et même visée quand les circonstances le permettent, parce qu'il porte sur lui ce qu'un sujet hait de lui-même sans pouvoir le reconnaître comme sien.
    Ce retournement, classique au demeurant, fait remonter la haine de l'Autre à la haine de soi. Si cette thèse n'est pas fausse, elle manque cependant la profondeur de la haine, et la manquant, elle passe à côté de sa solidité comme de sa pérennité. La dimension apparemment irréductible de la haine n'est en effet saisissable qu'à considérer cet affect au point logique où il émerge et qui se situe en amont de la haine de soi dont on fait trop souvent l'alpha et l'oméga de la haine de l'Autre.


    La haine de l’altérité

         Soutenons en effet que plus qu'un rapport de soi à soi, la haine exprime un rapport de soi à l'Altérité qui habite chacun de nous. Cette Altérité, nous l'écrivons avec une majuscule, car elle n'est pas un autre soi qui doublerait le premier. Quoiqu'elle soit de nous, elle est plus étrangère encore à l'homme que les autres hommes ne lui sont étrangers. Elle ne s'éprouve d'ailleurs pas tous les jours, mais très spécialement dans certaines circonstances, et s'avère alors aussi intense que résolument intérieure. Lacan la repère dans ce qu'il invente de nommer un temps. la «jouissance Autre », Autre, car elle n'est susceptible d'aucune subjectivation, ni d'aucune objectivation d'ailleurs. Elle peut à peine se dire et se reconnaît surtout aux effets qu'elle produit sur le sujet. Elle est donc Autre d'abord au sujet qui l'éprouve et ensuite, par voie de conséquence, aux autres. Tâchons donc de saisir la haine à partir de cet éprouvé, car la haine est, chez le haineux, la conséquence d'un certain rapport à cette jouissance Autre, soit à l'Altérité qu'elle fait surgir.
    Cette Altérité qui nous habite, nous en faisons spécialement l'épreuve lorsque la dysharmonie aux autres qui fait notre lot, humain, trop humain, se rappelle à nous. Il y a, Nous l'avons mentionné, des circonstances Nous l'avons mentionné, des circonstances dans lesquelles, quoi qu'on fasse pour s'en prémunir, on ne peut manquer de se sentir ébranlé et de voir nos certitudes vaciller. Ces circonstances qui confrontent les corps parlants à l'impossible à supporter sont multiples et à l'impossible à supporter sont multiples et variées, mais énumérons-en à nouveau quelques-unes déjà évoquées la puberté, une première rencontre charnelle avec le corps de l'autre, la perte d'un être cher, la perspective d'un engagement d'envergure, la perte de son d'un engagement d'envergure, la perte de son statut social, une maladie grave, et plus généralement, toute conjoncture de choix forcé, c'est-à-dire de choix impossible à faire, mais devant lequel il est également impossible de se dérober, d'un choix qui implique, quoi qu'il arrive, une perte radicale.
    Ces circonstances dessinent autant de moments où l'on peut se sentir ébranlé plus ou moins radicalement dans notre être, avec un sentiment qui peut aller jusqu'à s'éprouver sans recours. Ce sont autant de moments heureux recours. Ce sont autant de moments heureux et/ou malheureux où le monde peut sembler changer de face, où notre rapport aux autres se modifie de ce fait, pour devenir parfois, même furtivement, incertain.
    Face à l'Altérité qui se manifeste alors en nous, et qui, pour être nôtre, s'éprouve toutefois toujours comme radicalement étrangère, deux options s'offrent alors au sujet. Il peut d'abord se dérober et se haïra alors lui-même de ne pouvoir convenablement faire face à ce que les circonstances exigent de lui, à savoir un choix, un engagement qui suppose une perte. La tristesse et la dépression sont à la clé de cette dérobade. Elles dureront le temps que durera la dérobade. - Lacan tenait en ce sens la dépression pour la conséquence d'une lâcheté morale (1). Mais un sujet peut aussi s'y dérober sans se haïr et en cela sans se nuire, mais en se mettant alors à en haïr d’autres, localisant en eux la haine qu'il s'inspire du seul fait de ne pouvoir faire le choix qui s'imposerait. Il peut encore se haïr et en haïr d'autres tout à la fois, car la première option n'empêche pas la seconde.
    S'il n'est donc pas faux de considérer que la haine de l'autre en passe par la haine de soi, soulignons que cette haine de soi en passe elle-même d'abord par un rejet de ce qui est à la fois le plus étranger et le plus intime en soi, cette jouissance Autre qui se manifeste toujours sous le régime de l'intrusion et de l'effraction.
    La haine (de soi ou de l'autre) fait en ce sens toujours signe du rejet de l’Altérité à soi qui habite chacun, et qui se manifeste spécialement dans les grands moments d'une existence. Si cette intime Altérité n'est pas elle-même négative, la passion de l'ignorance (2) dont elle fait électivement l'objet, engendre la haine à titre d'effet secondaire. Mais haïr n'est pas la seule option qui se présente à ceux qui s'éprouvent subitement étrangers à eux-mêmes. Fort heureusement, d'ailleurs ! Venons-en donc à la troisième option qui se présente alors à un sujet.

       
    Un arrachement inventif


         Quoiqu'il ne puisse pas davantage la reconnaître comme sienne, le sujet peut en effet aussi   tenir compte de l'émergence de cette Altérité, consentir à composer avec elle comme avec lui-même, et s'arracher alors résolument à la prise que la haine pourrait avoir sur lui. C'est là, dans cet arrachement inventif, qu'est la seule voie éthique qui s’offre au sujet susceptible de haïr. Mais tant que dure le refus de faire une place à l'Altérité qui nous habite et à l'inconfort qui l'accompagne, la haine dure elle aussi. Nulle fatalité donc à ce que cette Altérité soit rejetée et portée au compte de l'autre. Se savoir exilé d'un rapport définitivement harmonieux aux autres et au monde, et assumer la responsabilité de cet exil chaque fois qu'il se rappelle à nous, offrent ainsi quelque alternative possible à la haine.

    C'est là, dans cette alternative, qu'il devient possible de trouver une façon vivante d'être en relation avec nos (si peu) frères humains, ce qui suppose une certaine tolérance à d'autres façons de faire face à cette dysharmonie. Tolérance, le mot est lancé ! Alors ajoutons immédiatement que la tolérance doit bien sûr connaître des limites. En l'occurrence, les limites qu'on peut fixer à l'autre, spécialement quand il nous cherche des crosses (cela arrive quelquefois), sont d'autant plus convaincantes que sa haine ne fait pas trop écho à la haine de soi. Pour pouvoir le cas échéant opposer non pas la haine à la haine, mais bien plutôt la violence qui est parfois seule susceptible de l'affaiblir — on ne fait pas reculer la haine avec les bons sentiments —, il faut non seulement savoir ne pas haïr celui qui suscite en nous cette violence, mais encore ne pas s'offrir à lui en victime expiatoire. Ainsi, si la haine fait nécessairement violence à celui qui l'éprouve comme à celui qu'elle vise, toute violence n'est cependant pas signe de la haine. On peut bien en effet exercer la violence sans haine (3), c'est-à-dire sans viser la destruction de l’autre en tant que tel, pour lui-même - c'est peut-être d'ailleurs la seule modalité d’une violence authentiquement légitime. Par ailleurs, si la haine fait toujours signe d’une certaine lâcheté en ce qu’elle procède d'une dérobade, la violence peut bien être, a certaines conditions, l'expression du courage et de la responsabilité, ce que la haine n'est jamais.
    C'est donc enfin dans ce rapport éthique à l'Altérité qui nous habite qu'il y a quelque chance de s'en faire une alliée, si elle parvient à ne pas se dégrader en haine. Si cette Altérité est, en tant que telle, en deçà du bien et du mal, ni bonne ni mauvaise, antéprédicative (4), seul le rapport qu'on y entretient pour son propre compte peut être bon ou mauvais. Il peut ainsi produire le meilleur comme le pire : le meilleur si l’on consent à s'en faire responsable comme de soi-même, voire à prendre appui sur la béance qu'elle ouvre, et le pire, si on la rejette dans la haine (de soi et/ou de l'autre) pour n'en rien savoir.
    S'il y a ainsi les spécialistes de la dérobade et ceux du courage, il y a surtout autant de rapports possibles à cette Altérité qu'il y a d'êtres parlants sur cette terre. Et on peut bien être courageux une fois et lâche la foi suivante, rien ne garantit jamais à personne d'être définitivement droit. Le courage est ainsi toujours à reconquérir en son fond. Si une psychanalyse se mène jusqu'à un certain terme, c'est précisément celui où un sujet consent à composer avec cette intime altérité comme avec lui-même. Elle le mène en effet à ce point où cette Altérité s'avère être ce qu'il a tout à la fois de plus y entretient. C'est donc depuis une position éthique est possible de faire usage de cette Altérité, plutôt que de se laisser aspirer dans le ravage ou de la rejeter dans la haine.

    1. Cf. Lacan J., « Télévision », op.cit., p. 526.
    2. Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p.110.
    3. Cf. Miller J.-A., « Enfants violents », op.cit., p. 24.
    4. Cf. Miller J.-A., « L’économie de la jouissance », La Cause freudienne, N°77, février 2011, p. 147.

     

    extrait gentiment du très bon livre d'Anaëlle Lebovits-Quenehen 'Actualité de la haine: une perspective psychanalytique' édition navarin, 2020.

     

     > ce qui peut rendre certaines discussions compliquées ou même impossibles.


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    Freud distingue deux règles analytiques essentielles. La première est du côté de l’analysant : c’est “l’association libre”. Le patient est amené à dire tout ce qui lui passe par la tête, sans intention préalable, en suivant chaque idée qui se présente, aussi insensée et saugrenue soit-elle. Ça bouleverse le rapport de cause à effet conscient. D’où une apparence de dispersion. Mais de ce discours, qui peut sembler irrationnel, se dégage une autre logique qui est celle de l’inconscient. La seconde règle est le pendant de cette association libre, côté analyste. C’est ce que Freud a appelé “l’attention flottante”...

     

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    Aaaah heureusement qu'il y a des malinus quand même hein... :-)

    Pierre Vidal-Naquet, qui faisait sûrement partie d'un gang de pédophile avec ses amis (surtout ceux qui renvoyaient comme lui les négationnistes et antisémites dans les cordes), buveur de sang d'embryon enlevé à des jeunes filles catholiques, cousin du petit fils de l'ancêtre de l'inventeur de la 5g et surtout de la fine tige de métal qui se situe dans les masques que l'on nous impose aujourd'hui qui permet de recevoir les ondes en question afin de contrôler le cerveau de celui qui le porte, afin, bien sûr de constituer petit à petit cet nouvel ordre mondial où toute tradition, qui portent pourtant en elle les preuves irréfutables que tout était mieux avant (la jeunesse surtout...) sera balayée au profit d'un capitalisme fait pour les moutons que nous sommes, et que ... enfin, ce monsieur, a dit cette chose qui pourrait à mon sens, et vous l'avez compris je suppose, convenir à un moment tout aussi bien pour les anti-tout, qu'on appelle aujourd'hui avec justesse "haters" : anti-complots, anti-masques, anti-pédés, anti-intellos, anti-bobos et blablabla...

    « Qu’il soit entendu une fois pour toutes que je ne réponds pas aux accusateurs, que, sur aucun plan, je ne dialogue avec eux. (Bim! ndlr) Un dialogue entre deux hommes, fussent-ils adversaires, suppose un terrain commun, un commun respect, en l’occurrence, de la vérité. Mais avec les “révisionnistes”, ce terrain n’existe pas. Imagine-t-on un astrophysicien qui dialoguerait avec un “chercheur” qui affirmerait que la lune est faite de fromage de Roquefort ? C’est à ce niveau que se situent ces personnages. Et, bien entendu, pas plus qu’il n’existe de vérité absolue, il n’existe de mensonge absolu, bien que les “révisionnistes” fassent de vaillants efforts pour parvenir à cet idéal. Je veux dire que, lorsqu’il s’avère que les passagers d’une fusée ou d’une navette spatiale ont laissé sur la lune quelques grammes de Roquefort, il n’y a pas à nier cette présence. Jusqu’à présent, l’apport des “révisionnistes” à nos connaissances se place au niveau de la correction, dans un long texte, de quelques coquilles. Cela ne justifie pas un dialogue, puisqu’ils ont surtout démesurément agrandi le registre du mensonge.

    Je me suis donc fixé cette règle : on peut, et on doit discuter sur les “révisionnistes” ; on peut analyser leurs textes comme on fait l’anatomie d’un mensonge ; on peut et on doit analyser leur place spécifique dans la configuration des idéologies, se demander le pourquoi et le comment de leur apparition, on ne discute pas avec les “révisionnistes”. Il m’importe peu que les “révisionnistes” soient de la variété néo-nazie, ou la variété d’ultra-gauche ; qu’ils appartiennent sur le plan psychologique à la variété perfide, à la variété perverse, à la variété paranoïaque, ou tout simplement à la variété imbécile, je n’ai rien à leur répondre et je ne leur répondrai pas. La cohérence intellectuelle est à ce prix (2) »
    (extrait de l’Avant-Propos des Assassins de la Mémoire, éd. Maspero, 1981 ; rééd. La Découverte, 2005, pp. 8-9).

    Evidemment la faiblesse de l'argument est qu'il repose sur le savoir ou non de celui qui parle, or ce n'est sans doute pas seulement lié à un problème épistémologique mais aussi, comme il y fait référence trop légèrement à mon gout, à un plan psychologique spécifique : celui de la paranoïa.
    Et vous me direz : dans le fond c'est quoi le problème de la paranoïa ? Passke si elle permet de voir ce que d'autre ne voit pas, de rendre plus lucide celui qui l'accueille en payant le prix d'un peu de méfiance exagérée, n'y a t'il pas là un gain intéressant ?!
    Eh bien je vous invite à prendre au sérieux cette question, vous devriez à la fin découvrir que non, il vaut mieux s'en passer de la paranoia :-) mais je vous enjoins à vous renseigner sur les effets de la paranoïa et surtout, sur ses causes... Passionnant !

     

     


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    " Je n'ai jamais fait de mal à personne. Si cela était, on m'aurait fait plus de bien."


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  • Un 8 mars tous les jours!

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Elle  habite Marseille - Elle habite dans Marseille la folle

    Elle habite dans Marseille la fille de ma mère - Ah raï (À ma décision)

    Mon souffle m’a poussé jusqu’au toc toc de ta porte

    Elle habite Marseille la fille des couloirs - Mon souffle mon cageot

    Mon cœur sincère - Elle habite dans Marseille la fille des couloirs

    Elle fréquente même Paris la fille de ma mère - Elle savait le bateau

    Elle connaît l’avion piston - Elle habite dans Marseille la fille des couloirs

    Elle s’est mis à fréquenter l’exil voyez-vous - Un beau matin elle a même trouvé du travail

    Elle habite dans Marseille la fille des couloirs - La sœur et le reste sont au courant

    Elle habite dans Marseille la fille des couloirs  - Elle a veillé jusqu’à une heure ou deux d’un matin une fois

    Elle épluche Marseille la fille des couloirs - Elle a cherché un bon parti aussi

    Elle a même trouvé une belle-famille - Elle habite dans Marseille la fille des couloirs

    J’ai surchargé mon cœur - Et j’en souffre

    Elle fréquente Paris aussi la fille du bled - Et puis à Toulouse elle s’y est laissé séduire

    Elle a même trouvé une belle-famille - Elle habite dans Marseille la fille des couloirs

    On lui a fait du mal mais aucune rancune - Son cœur est né blanc quelque part

    Elle habite dans Marseille la fille des couloirs - Elle a peur de devoir mendier un jour

    Elle a peur d’en parler et d’en souffrir - Elle habite dans Marseille la fille des couloirs

    De porte en porte, ses lèvres se durcissent

    Elle habite dans Marseille la folle - Elle s’est battue une année entière

    Elle habite dans Marseille la colère - J’ai deux prétendants maintenant

    Mais ils cherchent aussi un livret de famille - Elle habite dans Marseille la fille des couloirs

    Elle habite dans Marseille la chienne - Un amant a fini par divorcer

    Elle a fêté sa vie en fumée - Elle habite dans Marseille la folle

    Elle a hérité de deux enfants - C’est une histoire là-bas

    Elle habite dans Marseille la folle - Elle fait des allers et retours

    Elle habite dans Marseille la folle - Elle fabrique son morceau de vie

    Elle habite dans Marseille la sage - Elle habite dans Marseille la folle

    Elle cherche toujours une nouvelle histoire - Elle habite dans Marseille la fille des couloirs


    TEXTE D’UNE CHANSON DE CHEBA ZOHRA LIBREMENT TRADUIT PAR HÉDI CHERCHOUR, 2015.


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    http://ekladata.com/GZVcWJXo6ug0h8AYMUYCku-0xew@479x666.jpg

     

    Mutti (Elisabeth Koschel), ma grand-mère (paternelle),
    à 35 ans, elle aidait sa mère, propriétaire d'un restaurant, et plus tard d'un hôtel-restaurant appelé Le Cheval Blanc, qui se situait dans la rue la plus commerçante de Malmedy qu'on appelle de ce nom comique : Chemin-rue.
    Mais celui-ci fût complètement détruit
    lors des fameux bombardements américains... Elles ont alors acheté une maison de laquelle elles firent une pension, la pension Koschel. La deuxième guerre mondiale était tout juste finie que mon grand-père y vint loger, et c'est là qu'ils firent connaissance...
    J'ai quelques souvenirs d'elle, elle me parlait allemand et je comprenais ce qu'elle me disait, elle est morte quand j'avais 5 ans.


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    ... ne pas débattre avec le premier venu, mais uniquement avec les gens que l'on connaît et dont on sait qu'ils sont suffisamment raisonnables pour ne pas débiter des absurdités et se couvrir de ridicule. Et dans le but de s'appuyer sur des arguments fondés et non sur des sentences sans appel ; et pour écouter les raisons de l'autre et s'y rendre ; des gens dont on sait enfin qu'ils font grand cas de la vérité, qu'ils aiment entendre de bonnes raisons, même de la bouche de leur adversaire, et qu'ils ont suffisamment le sens de l'équité pour pouvoir supporter d'avoir tort quand la vérité est dans l'autre camp. Il en résulte que sur cent personnes il s'en trouve à peine une qui soit digne qu'on discute avec elle. Quant aux autres, qu'on les laisse dire ce qu'elles veulent car desipere est juris gentium (C'est un droit des gens que d'extravaguer) et qu'on songe aux paroles de Voltaire "La paix vaut encore mieux que la vérité." Et un proverbe arabe dit : "À l'arbre du silence est accroché son fruit : la paix."

    Toutefois, en tant que joute de deux esprits, la controverse est souvent bénéfique aux deux parties car elle leur permet de rectifier leurs propres idées et de se faire aussi de nouvelles opinions. Seulement, il faut que les deux adversaires soient à peu près du même niveau en savoir et en intelligence. Si le savoir manque à l'un, il ne comprend pas tout et n'est pas au niveau. Si c'est l'intelligence qui lui manque, l'irritation qu'il en concevra l'incitera à recourir à la mauvaise foi, à la ruse et à la grossièreté." 

    in Dialectique éristique, Arthur Schopenhauer, 1831


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    "Quand nous regardons la navette spatiale américaine sur son pas de tir, nous pouvons remarquer les deux réservoirs additionnels attachés au réservoir principal. La société Thiokol fabrique ces réservoirs additionnels dans son usine de l'Utah. Les ingénieurs qui les ont conçus auraient bien aimé les faire un peu plus larges, mais ces réservoirs devaient être expédiés par train jusqu'au site de lancement. La ligne de chemin de fer entre l'usine et Cap Canaveral emprunte un tunnel sous les montagnes rocheuses. Les réservoirs additionnels devaient pouvoir passer sous ce tunnel. Le tunnel est légèrement plus large que la voie de chemin de fer.
    La distance standard entre 2 rails de chemin de fer aux États-Unis de 4 pieds et 8,5 pouces (soit 143,5 cm). Pourquoi cet écartement ? parce que les chemins de fer américains ont été construits de la même façon qu'en Angleterre, par des ingénieurs anglais expatriés, qui ont pensé que c'était une bonne idée car ça permettait d'utiliser également des locomotives anglaises. Pourquoi les Anglais ont construit les leurs comme cela ? parce que les premières lignes de chemin de fer furent construites par les mêmes ingénieurs qui construisirent les tramways, et que cet écartement était alors utilisé. Pourquoi ont-ils utilisé cet écartement ? parce que les personnes qui construisaient les tramways étaient les mêmes qui construisaient les chariots et qu'ils ont utilisés les mêmes méthodes et les mêmes outils. Pourquoi les chariots utilisent un tel écartement ? parce que partout en Europe et en Angleterre les routes avaient déjà des ornières et un espacement différent aurait cause la rupture de l'essieu du chariot. Donc, pourquoi ces routes présentaient-elles des ornières ainsi espacées ? les premières grandes routes en Europe ont été construites par l'empire romain pour accélérer le déploiement des légions romaines.  Pourquoi les romains ont ils retenu cette dimension ? parce que les premiers chariots étaient des chariots de guerre romains. Ces chariots étaient tirés par deux chevaux. Ces chevaux galopaient côte à côte et devaient être espacés suffisamment pour ne pas se gêner. Afin d'assurer une meilleure stabilité du chariot, les roues ne devaient pas se trouver dans la continuité des empreintes de sabots laissées par les chevaux, et ne pas se trouver trop espacées pour ne pas causer d'accident lors du croisement de deux chariots. L'espacement des rails américains s'explique parce que deux mille ans auparavant, les chariots romains étaient construits en fonction de la dimension de l'arrière-train des chevaux."
    Et caetera...


    repécho in Alternative libertaire - avril 2001


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     Enti enti - Cheb Hasni assassiné  à 26 ans de deux balles dans la tête devant chez lui à Oran en 1994


    Le mot raï signifie en arabe "opinion" voire "conseil" ou "libre choix"


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  • Humble yourself my brothers


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    >   " Hey yo enough’s enough ! "  

    Petite entorse aux principes de ces pages : une critique négative…
    La raison en est qu’il faille à mon sens réagir fermement à un phénomène qui abêtit notre monde avec force et vitesse, et qui s'avère être au bout du compte fort haineux. Il représente aussi l'exact contraire de ce que à quoi je me suis essayé dans ces pages...
    Je veux parler de ces théories du complot qui pullulent aujourd’hui sur internet mais aussi, plus largement, d’une bonne partie de ces contre-histoires, révélations, enquêtes d’experts, mises à nu... En somme, de cet ensemble de procédés qui sous prétexte de corriger l'histoire, flirtent tous, d’une manière ou d’une autre, mais de manière fondamentale, avec le négationnisme. Ces phénomènes me préoccupent aussi dans la mesure où ils obéissent à une attitude spécifique de notre époque : celle du déni de tout processus de connaissance et de la nécessaire reconnaissance symbolique et intellectuelle que celui-ci implique.
    Je sais que nous vivons une époque de transparence où la moindre ombre, le moindre secret éveille immédiatement les soupçons…
    Certes, des complots et des mystères existent. Oui, mais voilà…

    Il est normal qu'une civilisation, lors des moments charnières de son évolution, peine à remodeler de nouvelles valeurs et n’intègre qu'avec difficultés des événements qui lui semblaient hier encore insensés et ce pour que s'établisse petit à petit quelque chose comme sa nouvelle époque. Avec l'évolution chaotique, les impasses politiques et religieuses entre autres liées à la mondialisation, des incertitudes et certaines opacités se sont fortement accrues ces vingt dernières années. Ainsi augmente un  besoin de sens, là où avant son absence était vécue avec indifférence. C'est sans doute la raison pour laquelle, dans notre époque qui peine à créer de nouvelles politiques (quel parti prendre, quelles valeurs défendre?), de plus en plus de personnes trouvent un certain sens pour notre monde dans les théories du complot. Car c’est bien là leur fonction principale : croire au complot, c’est se mettre en mesure de donner du sens à ce qui rechigne à en accepter facilement, à ce qui en paraît même dépourvu et qui par là, inquiète. Les croyances au complot donnent l’illusion de pouvoir expliquer certains événements paraissant trop complexes voire incompréhensibles et ainsi, rendent possible un positionnement "politique" clair - voilà qu’on se trouve une famille politique... Mais sous cet apparent retour à une politisation des événements, ces théories ont, de fait, une fonction profondément dépolitisante - car elles simplifient le réel : elles suspectent la complexité d’une situation d'être elle-même le fruit d’un brouillage volontaire, d’un complot. Ses adeptes en profitent alors pour annoncer le retrait de leur responsabilité en se présentant comme victimes : persuadés d'être manipulés, ils estiment logiquement ne plus devoir être reconnus comme responsables et ils rejettent la responsabilité sur des comploteurs avec un espoir naïf de poser un nouveau champ critique, de redéfinir de nouvelles règles et de nouvelles valeurs. En réalité, ils quittent le champ critique, ils sortent du jeu et relativisent le concept même de valeur.

    Bricolages et mauvais spectacles

    Parce que notre époque est toujours celle d'un certain positivisme triomphant, les théories du complot recourent de manière très large aux "sciences" afin de convertir ceux qui douteraient encore. Avec un style misérable et le mauvais goût, on vous soumet des données statistiques, des prélèvements divers et certaines « évidences » de lois physiques, biologiques, etc. Il convient au passage de remarquer que malgré la nature souvent complexe de ces références, ces théories sont toujours faciles à assimiler… et se moquent éperdument des règles historiographiques. La frime...
    Il faut pourtant plus que de simples informations pour proposer une critique sensée et digne de ce nom : celles-ci doivent surtout être agencées et articulées selon une méthode. L’individuation démocratique moderne, avec la proclamation du libre-arbitre, a produit un individu ignorant l’incomplétude de sa propre nature qui, s’il se sent autonome pour correctement s’informer, s’estime tout aussi souverain à construire sa propre opinion…
    Pourtant le savoir n'est pas constitué en une suite d’informations juxtaposées les unes aux autres - l’information de son côté ne dira que ce qui est, et par là, ce qui doit être…
    Aujourd’hui plus que jamais, nous avons accès à presque toutes les informations sur les faits, ce qui provoque un déséquilibre inédit entre d’une part, l’accès à l’information qui est instantané et total, et d’autre part, la trop rare aptitude à les agencer de manière "méthodologique" afin de produire du sens, une vérité. A bien y regarder, on remarquera que les théories du complot concernent systématiquement et uniquement des sujets prisés, et souvent formés par les médias de masse. En dépit de leur prétention à incarner un renouveau, en tant que soi-disant avant-gardes intellectuelles ou politiques originales et innovantes, la plupart de leurs idées ont environ cent cinquante ans et c'est uniquement grâce à la nouvelle possibilité de médiation qu'est pour elles le réseau internet qu'elles ressurgissent aujourd'hui, à peine dépoussiérées. Parce qu'elles sont une réaction de médias pour les médias et par les médias, elles n’expriment en ce sens qu’un comportement réactionnaire - s’émanciper de cette sphère médiatique leur est impossible ; et dans ce monde clos, tout en ayant des effets funestes sur le réel, c’est comme folles et apeurées qu’elles se tiennent un discours à elles-mêmes.
    Certains pressentent alors l'avantage qu'il y aurait à se démarquer de ce type de discours et tentent d'en sortir en invoquant grossièrement la tradition philosophique : ils évitent le terme de complotistes et se présentent comme sceptiques... Cette perversion du terme n’aide pas car il s'agit là plutôt d'un hyper-criticisme (prouvez votre preuve!) qui ignore les limites de la raison sur l’expérience. Puisqu’il existe un au-delà à la raison : le délire.
    Les théories du complot expriment aussi symboliquement les peurs et les aspirations de ceux qui peinent à saisir la multiplicité et la pluralité formelle des faits, des concepts et des histoires. Et ce le plus souvent car ils sont occupés, presque au sens du territoire, à autre chose. Ils peuvent être de ces travailleurs qui, fatigués à la fin de la journée, se divertissent avec ce spectacle qu’on leur propose... Et parce que ces histoires font partie de leurs divertissements, ils rechignent à y appliquer un travail critique. Le succès populaire du complotisme procède d'une fascination, même cynique chez certains, pour ce qui se présente à eux comme une insurrection des consciences.

    Confondre son désordre psychique avec celui du monde, hystérie et psychose paranoïaque

    Je pense que certains, au lieu d'apprendre à vivre  avec cette impuissance, qu'on rencontre tous à l'occasion,  à expliquer un événement et dont les causes nous échappent, préfèrent conclure à l’impuissance de ceux qui sont censés lui faire voir plus clair dans tout cela : les intellectuels. C'est ainsi que les théoriciens du complot ont une grande part de responsabilité dans le regain, barbare et fasciste, de l’anti-intellectualisme de ces jours.
    Les théories du complot donnent le sentiment à celui qui y souscrit d’être plus lucide que les autres tout en lui faisant perdre de vue l'inclinaison narcissique et arrogante qu'il y a à se prendre aussi facilement pour un penseur « différent », il lui est ainsi plus confortable d’imaginer qu’il est devenu quelqu’un capable de sentir ce que d’autres échouent à même entrevoir (ces même "intellos", "bobos" et autre formulation indigne et méprisante). 

    La structure de ces théories accueille sa propre structure psychique, ce qui apporte une preuve rassurante de sa propre vérité et lui permet d’être reconnu par lui-même et par les autres. Il se sent soulagé par ce miroir qui ne reflète plus l'homme confus et désenchanté politiquement qu’il fut. Le complot rassure donc de la même manière que la phobie rassure contre l’angoisse, et c'est de la sorte que son existence s'avère constituer, au final, une bonne nouvelle pour l'économie psychique puisqu'il fait « sens » ; maintenant que le complot a été révélé, il ne reste plus qu’à le dénoncer et à le combattre publiquement, créant par la même occasion du lien social...
    Il faudra donc bien convenir que les théories du complot et leur ésotérisme sont structurés comme une idéologie et ses adeptes en sont leurs idéologues, ou gourous. 
    Ce sont des analyses artificielles et simplistes qui jouent l'intérêt politique avec démagogie et poujadisme ; finalement elles desservent profondément les sociétés dans lesquelles elles apparaissent car elles masquent entre autre les vrais complots néfastes. Je crois que nous avons tout à gagner à nous en passer, cela permettrait de commencer, humblement mais fermement, à apprendre à bien parler du pouvoir. Et ce, par exemple, en clarifiant sans simplifier.

     

    Grégoire
    (réédition du 13 décembre 2013)


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    Embouteillage culturel? La chanson a cinquante ans...

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Musique du début de Bringing Out The Dead, M. Scorsese, 1999.

     


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    iprovide gentillement

     


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    Me voici devant tous un homme plein de sens
    Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître
    Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
    Ayant su quelquefois imposer ses idées
    Connaissant plusieurs langages
    Ayant pas mal voyagé
    Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie
    Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
    Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte
    Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul
    pourrait des deux savoir
    Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre
    Entre nous et pour nous mes amis
    Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'invention
    De l'Ordre de l'Aventure
    Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
    Bouche qui est l'ordre même
    Soyez indulgents quand vous nous comparez
    A ceux qui furent la perfection de l'ordre
    Nous qui quêtons partout l'aventure
    Nous ne sommes pas vos ennemis
    Nous voulons nous donner de vastes et d'étranges domaines
    Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
    Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
    Mille phantasmes impondérables
    Auxquels il faut donner de la réalité

    Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait
    Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir
    Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
    De l'illimité et de l'avenir
    Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés
    Voici que vient l'été la saison violente
    Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
    O Soleil c'est le temps de la raison ardente
    Et j'attends
    Pour la suivre toujours la forme noble et douce
    Qu'elle prend afin que je l'aime seulement
    Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant
    Elle a l'aspect charmant
    D'une adorable rousse
    Ses cheveux sont d'or on dirait
    Un bel éclair qui durerait
    Ou ces flammes qui se pavanent
    Dans les roses-thé qui se fanent
    Mais riez de moi
    Hommes de partout surtout gens d'ici
    Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
    Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
    Ayez pitié de moi

    "La jolie rousse" Guillaume Apollinaire, 1917


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