• Lectures éventuelles...

    Un poète disait : "Quand la parole est brûlée vive, l'homme ne meurt ni ne vit."
    Toute société produit la vision du principe, un au-delà de la foule des morts, la mise ne scène des origines, qui sert d'écran à l'homme contre l'Abîme, et lui sert de Miroir où il se voit naissant, vivant, mourant, dans des récits mythologiques, religieux, historiques, et aujourd'hui scientifiques.
    Ah! l'enchantement, les trucages, les machinistes qui mettent en scène ce principe logique, que nous appelons en Occident le Père, auquel sont accrochées les lois civiles.
    Mais, qui nous assure que tout cela n'est pas fou? Les arts, toujours premiers pour dire la vérité.
    Fabriquer l'homme, c'est lui dire la limite. Fabriquer la limite, c'est mettre en scène l'idée du Père, adresser aux fils de l'un et l'autre sexe l'Interdit.
    Le Père est d'abord une affaire de symbole, quelque chose de théâtral, l'artifice vivant qui déjoue la société des sociologues et la science des biologistes.
    Découvrant les coulisses de la construction humaine, la civilisation occidentale s'est crue affranchie de théâtre et de ses règles, des places assignées et du drame qui s'y joue.
    Elle regarde avec des yeux d'aveugle Oedipe roi, La Flûte enchantée, la grande scène rock, les murs de la ville tatoués par les taggers.
    Nous prétendons transformer en folklore la plainte humaine de tous les temps, pour entrer, dit-on, dans l'ère du plaisir et du bon plaisir.
    Nous gérons, et la fabrique généalogique tourne à vide, les fils destitués, l'enfant confondu avec l'adulte, l'inceste avec l'amour, le meurtre avec la séparation par les mots.
    Sophocle, Mozart et tous les autres, redites-nous la tragédie et l'infamie de nos oublis.
    Enfants meurtriers, adolescents statufiés en déchets sociaux, jeunesse bafouée dans son droit de recevoir la limite, votre solitude nue témoigne des sacrifices humains ultramodernes.
    ...

    Pierre Legrendre, La fabrique de l'homme occidental, 1996, p. 26

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